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Rencontre avec Jean-Luc Marcastel et Lionel Marty 2/2

Après une première partie d’interview essentiellement axée sur la création de Thair, retrouvons Lionel Marty et Jean-Luc Marcastel qui nous parlent de leurs autres collaborations communes (passées et à venir) ainsi que de leurs travaux en cours. Et pour ceux qui n’auraient pas lu la première partie, elle est disponible ici.

Avant Thair vous avez déjà travaillé ensemble sur différents ouvrages, tels que Le retour de la bête, Libertalia etc… Comment avez-vous travaillé sur ces ouvrages qui se placent plus dans un lectorat jeunesse ?

J.LM  Pour ces ouvrages-là, on était trois avec Cécile et Lionel Marty. Mais sinon on a travaillé de la même façon que pour Thair.

L.M On était trois en effet avec Cécile, mon épouse, qui elle a travaillé sur les personnages avec un style très mignon qui était plus adapté pour un roman jeunesse que mon trait. Et du coup moi j’ai travaillé sur les décors et les éléments les plus dramatiques du récit. Notamment pour Le retour de la bête où j’ai fait le monstre, les méchants, et j’ai également posé les gris pour créer l’ambiance. J’ai traité les gris un peu comme je fais la couleur pour une bande dessinée. On avait déjà bossé ensemble avec Cécile donc on savait déjà comment découper les parties de notre travail. Je suis vraiment très fier qu’on ait pu travailler tous les trois sur ces deux livres.

le retour de la bête édition page 8 Gulfstream

J.L.M Je pense que la preuve que l’on a bien travaillé ensemble, c’est que ces deux romans ont été sélectionnés dans plusieurs prix (comme celui des incorruptibles).

L.M C’est vrai que l’on est pas mal récompensé et ça fait vraiment plaisir.

Libertalia extrait de la page 17 édition Gulfstream

J.L.M Je ne vais pas mentir, ça faisait de très nombreuses années que l’on rêvait de travailler ensemble. Depuis que l’on a commencé nos carrières. Le problème c’est que l’on n’avait jamais eu l’occasion parce que quand tu commençais, il y a le problème qu’en tant que jeune auteur si j’avais un projet et que je disais à l’éditeur j’aimerais bien que cela soit Lionel qui fasse la couverte, on me répondait On le ne connait pas etc… Tiens, on va plutôt prendre lui qui est connu. Et inversement, Lionel il arrivait en disant j’ai un copain qui a un scénario et on lui répondait On aime bien votre trait mais Jean-Luc Marcastel on ne le connait pas, alors qu’on a un scénariste qui est déjà connu et on voudrait que tu travailles dessus. Ils vont préférer faire des duos avec un des membres déjà connu, et comme ça ils vont réussir à en vendre un certain nombre plus facilement que s’ils mettent deux illustres inconnus. Il a donc fallu que l’on soit connus tous les deux et un jour les éditions Gulf Stream m’ont demandé si je n’avais pas un texte. Je leur ai proposé Le retour de la bête. Et comme on avait déjà commencé à faire les illustrations tous les trois, j’ai proposé de continuer tous les trois. Ils nous ont pris tous les trois et on a pu enfin avoir notre première collaboration chez un éditeur. Et depuis on a également fait Yoko (sortie cette année aux éditions Didier Jeunesse).

L.M Oui c’est vrai que l’on a fait Yoko cette année

Concernant Yoko, Lionel tu signes les illustrations intérieures

J.L.M Pour Yoko c’est Benjamin Carré qui a fait la couverture, et Lionel avec Cécile vous avez fait toutes les illustrations intérieures.

couverture Benjamin Carré

L.M C’est ça, on a fait le carnet de voyage.

J.L.M Vous vous êtes partagés les personnages et les décors dans celui-là, ce qui donne un mélange des deux styles qui rend super bien. Des illustrations magnifiques. D’ailleurs on n’a pas encore la chance d’avoir de retour avec le contexte de la sortie. On est vraiment impatient de pouvoir le défendre en salon. Cette année d’ailleurs je serai à Colmar le dernier week-end de novembre.

Malheureusement cette année tous les salons étant reportés en fin d’année, il va être difficile d’être sur tous les fronts en même temps. Comment avez-vous géré les fermetures et annulations à répétition et comment gérer la suite ?

J.L.M C’est vrai que ce n’est pas facile de tout gérer avec les différentes annulations etc…

L.M On va voir avec Leha comment s’organiser pour faire quelques salons ensemble cette année 😀

J.L.M C’est le gros problème de ces années c’est que je n’ai pas pu défendre Thair en dehors d’un seul salon, aux aventuriales de Clermont. C’est le seul salon que j’ai fait l’année dernière, je n’ai donc pu faire la promotion de Thair qu’une seule fois, ce qui est très frustrant. Le premier tome de Thair est sorti à peine quelques jours avant le premier confinement où tout était complétement fermé. On espère que l’effet trilogie va nous permettre de faire rebondir le livre avec la sortie des tomes 2 et 3.

L.M Heureusement que Jean-Philippe est passionné. Il fait tout pour un roman, et on sent l’intérêt qu’il a quand il travaille un livre et on sait qu’il fait tout pour que la série soit connue.

J.L.M On parle la même langue tous les trois. On est des passionnés et on se comprend donc comme on veut la même chose dès le départ, ça marche super bien. Jean-Philippe, on sent sa passion a développé l’univers avec nous finalement. On sent sa fierté de roliste d’avoir participé à la connaissance de Thair.

Cette année Jean-Luc tu as de nombreuses sorties. Comment vis-tu une telle année ?

J.LM Si on compte les nouveautés et les rééditions, on arrive à treize sorties pour 2021. Comme Leha a racheté les éditions Lynks, il y a certaines de mes séries que Jean-Philippe voulait rééditer. On a commencé par les galoup en mars avec la sortie des cinq tomes en même temps, pour que le lecteur n’ait pas à attendre. Puis en juin on a les trois tomes de Pulpillac. Et avant ces deux rééditions, il y avait déjà eu le tome deux de Thair en début d’année (ça fait déjà neuf). En janvier j’ai eu la suite du Pape pour l’apocalypse chez Pygmalion (le roi de cœur). Février il y a eu le premier tome de Yoko. Et puis en octobre j’ai Yoko tome 2 et L’agence Lovecraft à paraitre pour la fin d’année. Finalement c’est presque trop pour une seule année. Quand tu sors des livres comme ça en rafale, on se demande si les lecteurs vont pouvoir acheter treize Marcastel en un an. Heureusement, ce sont des choses très différentes avec un public différent. Par exemple Le roi de cœur c’est un polar adulte, et les gens qui lisent Le roi de cœur ne sont pas forcément ceux qui vont lire Thair ou Pulpillac.

Comme tu le dis tes livres sont dans des registres différents et heureusement, ça te fait tout de même un travail de publicité assez colossal et compliqué.

J.L.M Treize sorties, c’est vrai que ça fait beaucoup. D’autant plus cette année où finalement pour le moment cela reste compliqué de communiquer avec le bazar qu’engendre la situation.

Après une année chargée comme celle-là, comment comptes-tu remplir 2022 ? Tu as encore des projets à nous proposer où c’est le repos du guerrier ?

J.L.M J’ai encore plein de trucs pour l’année prochaine. D’ailleurs j’adorerais que Leha décide de sortir Le simulacre (Une très bonne réécriture des trois mousquetaires, avec des sabres lasers que je vous conseille fortement) sous la forme d’une belle intégrale. Non, ce qui me fait surtout peur c’est les salons d’automne. S’ils sont annulés, ça veut dire qu’on ne pourra pas faire la promo de Thair une seconde fois et là ça va devenir très compliqué. Et puis on se nourrit du retour du lecteur. On a besoin de pouvoir discuter avec les lecteurs.

L.M C’est ça on a besoin d’avoir les retours, ça nous aide dans notre travail. Après je vais être très honnête, le premier confinement m’a été utile. J’avais du retard dans certains projets et ça m’a permis de faire une « mise à jour ». Je me suis dit ok tu n’as plus le droit de bouger, donc maintenant tu vas bosser, du coup j’étais sauvé. Mais effectivement tous les six mois ça devient compliqué. Après, même si je n’ai pas souffert quand je voyais les sorties des amis autour de moi et celle de Thair, il y a un moment où moralement ça devient compliqué tout de même.

J.L.M Et c’est vrai que là on commence à avoir sérieusement besoin de rencontrer nos lecteurs. On en a besoin psychologiquement mais même nos éditeurs en ont besoin, plus prosaïquement de manière économique. Alors toutes les ventes ne se font pas en salon, mais c’est une part non négligeable et c’est aussi de la publicité.

Complétement, si je prends mon expérience personnelle c’est en salon que je t’ai rencontré Jean-Luc, il y a plusieurs années au moment de la sortie du simulacre.

L.M Et il y a aussi les livres que l’on ne vend que dans les salons. Moi j’ai fait un crowdfunding pour mon petit Artbook, et il n’y a que moi qui les ai. Il n’est pas en librairie, donc si je ne suis pas là, le livre n’y est pas non plus.

Chronique à venir très vite, c’est juste splendide

Couverture de Jean Mathias Xavier

J.L.M Il y a certains de mes livres, je le vois bien, si je ne suis pas là ils ne se vendent pas. Il suffit que la couverture ne soit pas en accord et c’est compliqué à vendre. Par exemple Tellucidar j’ai un peu de difficulté à le vendre. La couverture est magnifique mais Tellucidar c’est un roman ado et la couverture est trop sexy. Et donc quand une maman achète un livre pour un ado c’est compliqué, il y a tout de même un contraste important entre la couverture et le contenu.

L.M C’est ce que l’on disait précédemment, l’adéquation entre le roman et la couverture c’est super important.

J.L.M Et en parallèle il y a les livres qui se vendent tout seuls. Le Galoup il marche très bien, les lecteurs vont naturellement vers la couverture un peu grimoire. La couverture est chouette etc… On le voit très bien en salon. On voit vers quel livre les lecteurs se dirigent tout seuls, celui que l’on me demande de pitcher. Et là on voit tout de suite les couvertures qui marchent et qui ne marchent pas. Et après on analyse pourquoi l’une marche plutôt qu’une autre. Ou alors on voit qu’elle peut attirer uniquement un certain type de lectorat. Moi ça me l’a fait avec Les enfants d’Erebus. C’est un livre qui marche très bien dans les salons steampunk mais beaucoup moins ailleurs, et mon lectorat classique ne va pas forcément le voir. On espère que celles de Thair vont attirer l’œil.

Quand on voit les couvertures, je n’ai pas de doute sur l’effet visuel.

J.L.M J’espère, d’autant que quand on met les deux sur une table, c’est tout de même vachement classe. Mais encore une fois, on n’a pas encore pu tester.

L.M On ne va pas se mentir, quand on est en dédicace cela participe grandement à convaincre le lecteur. C’est amusant, cela participe non pas seulement à la vente mais que les lecteurs rencontrent le roman. A partir du moment où le lecteur doit penser à précommander le livre avant d’aller le chercher, c’est forcément plus compliqué.

C’est pour ça qu’il faut des librairies de l’imaginaire, et/ou des libraires qui aiment l’imaginaire dans les librairies généralistes.

L.M Ah ça, c’est évident que cela ne peut que faire du bien. Je pense que quand on réfléchit à la manière dont sont vendus les livres aujourd’hui, on trouve deux excès. La librairie généraliste avec un énorme rayon imaginaire mais où il y a six titres qui sortent des séries TV. Et la librairie avec le coin de rayon où tu trouves trois pauvres livres perdus. Il pourrait presque y mettre des miradors et écrire ghetto.

J.L.M C’est toujours le problème, s’il y un libraire qui est passionné et qui aime ça, ça va marcher. Si c’est un vendeur qui est placé dans le rayon imaginaire comme il aurait pu se retrouver au rayon jardinage, ce n’est pas la même chose. Il va prendre ce que lui donne les représentants. Et quand c’est un représentant d’une grosse maison, il va en prendre une pile mais en parallèle le gros de la production reste invisible.

L.M Il faut trouver des gens qui connaissent les codes des genres, parce que les gens qui lisent de l’imaginaire ne lisent pas que ça, mais c’est leur grande majorité. Moi le premier. Quand je vais en librairie je ne fais pas partie des gens qui attendent que l’on s’adresse à lui pour un conseil obligatoirement. Mais il n’y a pas d’adéquation entre ce que je cherche et ce que je trouve. Donc oui les librairies de l’imaginaire c’est top. Mais je pense que cela va faire comme pour la bande dessinée dans les années 80-90. Dans les années 80, la BD c’était un rayon voire un bac en librairie généraliste mais à un moment la production et la richesse sont telles que cela ne correspond plus au marché, et les librairies spécialisées en BD sont nées. Là aussi il y a l’offre et la demande, pas que marchande, mais aussi intellectuelle, il y a quelque chose qui doit exister.

La BD c’est d’ailleurs un vecteur finalement différent et un lecteur qui lit de la BD peut sortir complétement de sa zone de confort et lire d’autres types de littératures qu’avec les romans.

L.M Pour faire du conseil en librairie BD, vue la production, il faut que le librairie ait le temps de lire toute la production. C’est pour ça que l’on a besoin de librairies spécialisées. Si le libraire doit gérer littérature de l’imaginaire et BD, ça devient tout de suite très compliqué. Et forcément il ne pourra pas être aussi exhaustif dans tout.

J.L.M Et quand on voit la production en mangas qui est énorme, le libraire ne peut clairement pas être sur tous les fronts.

C’est évident que dans une librairie comme A la croisée des pages où dans un premier temps je vais vraisemblablement être tout seul, je veux faire vivre un rayon bande dessinée mais cela restera très ciblé. De toute façon on ne peut pas vraiment se spécialiser dans tout, ça devient vite impossible pour ne pas crouler sous la surproduction et finalement rater les deux. Après je trouve que la BD et l’imaginaire sont très liés et on peut facilement intégrer la BD d’imaginaire en librairie spécialisée.

L.M C’est sûr qu’au début il faut faire des choix. Mais oui il y a une demande actuellement, le marché il est là. Les lecteurs d’imaginaire ont besoin d’échanger entre eux comme en littérature générale, donc il faut des libraires capable d’en parler.

J.L.M On a besoin d’échanger entre nous en imaginaire, c’est tellement vaste ! Et je vois bien que si en dédicace cela fonctionne, c’est parce que je passe mon temps à faire des pitchs redoutables.

L.M Et d’un point de vue purement social, on aime rencontrer des gens. Moi j’aime me déplacer en librairie BD parce que j’aime que l’on m’en conseille. C’est un moyen de découvrir.

Lionel tu as fait une série en quatre tomes Le rêve de Jérusalem ou encore la trilogie Mort Linden. Puis par la suite on te retrouve sur des grandes séries comme Les 7 merveilles, peux-tu nous en parler un peu ?

L.M J’ai fait du travail de commande pendant quelques années. C’était un moment où j’ai eu des difficultés à placer mes projets personnels, alors j’ai enquillé une série de livres de commande. Alors honnêtement plus ou moins sympas à faire, et il y en a où je suis ravi de l’avoir fait comme Les Sept merveilles par exemple. C’est le jeu, quand on veut vivre de son dessin, pour paraphraser l’essai sur l’écriture de S.King, il y a des priorités dans la vie. Et la première c’est de remplir le frigo. Mais ce n’est pas pour autant que je ne suis pas content de l’avoir fait. Et puis il y a la seconde priorité, c’est de bosser sur des projets qui nous enthousiastes. Et là je touche du bois, en ce moment je suis dans une dynamique où j’enchaine que des boulots qui me plaisent.

On va donc avoir prochainement une nouvelle BD signée Lionel Marty ?

L.M Alors oui et je travaille d’ailleurs actuellement sur la couverture des Ombres de Thulé, un récit de sword and sorcery. Pour le coup on revient aux racines Howardienne et Lovecraftienne du genre.

J’ai eu la chance de voir le travail en préparation et je vous assure, vous les lecteurs que vous n’êtes pas prêt, ça s’annonce grandiose. Rendez-vous ici pour en voir plus ainsi que sur son compte instagram: lionel.marty.art

J.L.M En effet tu y es allez à fond ! Il y a des nanas, des mecs avec des épées et des tentacules (rires)

image provenant du facebook de Lionel Marty (lien un peu plus haut)

L.M J’ai eu de la chance avec mon scénariste Patrick Mallet, on a réussi à placer le projet de rêve. L’éditeur comprend le sujet et nous soutient complétement. Ce qu’il y a de bien c’est que l’on est très libre. Et avec Patrick on a d’autres projets secrets, mais si ça se fait ça va être vraiment génial. Là je suis dans une dynamique où je m’éclate. C’est marrant parce qu’il y a des phases comme ça. Ce n’est pas que les circonstances, à un moment je faisais des commandes mais quand je me suis rendu compte en librairie qu’il y avait que des livres qui ne me ressemblent pas, je me suis dit il faut rompre le cycle. C’est pour ça que j’ai fait mon Artbook en crowdfunding. Et c’est à ce moment-là qu’il y avait à nouveau un livre qui me ressemblait. Et à partir de ce marqueur, c’est reparti. J’avais réaffirmé mon style et l’endroit où je voulais aller était clair. Ce n’est pas tellement que cela a changé la vision que les lecteurs ont de moi mais pour moi, ça a changé mes exigences. Et d’avoir réussi le crowdfunding tout seul c’est bien reparti. Maintenant je le dis, tant que je le peux je ne ferai plus que des trucs qui m’éclatent. Alors ça n’exclut pas que je ne refasse pas des commandes, mais seulement celles qui seront en adéquation avec ce que je veux faire.

Le travail d’une BD ce sont des heures et des heures assis derrière ta planche à dessins, avec tes crayons et pinceaux. Concrètement il te faut combien de temps pour réaliser une BD complète ?

L.M Pour moi il me faut entre 18 et 24 mois, à la fois parce que je ne suis pas le plus rapide et aussi parce que je bosse sur des livres exigeants. Je ne vais pas faire de la langue de bois: tous les dessins ne prennent pas le même temps. A un moment, en termes de temps passé et d’exigences, c’est sûr que si tu fais un roman graphique à une page par jour avec des décors génériques et où tu ne cherches pas une anatomie réaliste, tu peux en faire un tous les quatre ou cinq mois, ça te prendra moins de temps. Si tu fais un dessin réaliste dans le genre épique, c’est hyper gourmant. Tu ne vas pas t’amuser à compter le nombre de personnages dans une scène de bataille, tu veux juste la rendre riche et prenante. C’est sûr que là c’est un peu plus chronophage. Le problème de la vitesse, il n’existe que par le problème économique. Ce n’est pas parce que je passe plus de temps sur une page qu’elle sera mieux payée. Un an et demi à deux ans c’est bien.

image provenant du facebook de Lionel Marty

Depuis quelques temps on observe une mutation du marché avec une perte de vitesse de la vente des séries. Les lecteurs ne veulent plus attendre deux années entre chaque tome. Je le vois bien moi en tant que lecteur, si une série m’intéresse je vais prendre les tomes au moment des sorties mais il est fréquent que j’attende qu’il y en ait trois ou quatre avant de commencer à lire.

L.M C’est vrai que c’est un grand changement, au point même que les séries en deux tomes on les raccourcies. Par exemple pour Thulé on pensait faire en deux tomes et finalement on préfère faire un plus gros que deux albums. C’est un phénomène qui s’accélère mais qui était déjà réel il y a quinze ans. Le meilleur moyen de plomber une série finalement c’est que les lecteurs attendent la fin pour acheter tout d’un coup. Si le premier ne se vend pas, les autres ne peuvent pas sortir.

J.L.M Mais c’est vrai pas que pour la BD, je le vois pour les romans. L’agence Lovecraft sort en novembre et la suite en janvier. C’est une culture de l’immédiateté. Les lecteurs ne veulent plus attendre.

Finalement après l’uberisation, on observe la netflixisation de la culture.

L.M Le problème c’est que l’économie du livre n’est pas adaptée à ce type de fonctionnement. Netflix finance tout en amont pour tout sortir en même temps. Nous on sort les tomes un par un donc paradoxalement si on attend le tome trois pour acheter la série, il ne sort jamais. Parce que si on n’achète pas les tomes un et deux, il n’y a pas de trois. Le second tome est souvent dissocié économiquement du premier car il est souvent commencé avant la sortie en librairie du premier. C’est pour ça que beaucoup de séries s’arrêtent au deuxième tome.

Et combien de temps il te faut pour préparer une couverture comme Thair ?

L.M Exactement je ne sais pas. Je pense qu’il m’a fallu entre une et deux semaines, réflexion comprise. Je ne me lance pas bille en tête sur la première image qui vient, j’ai dû faire deux trois roughs. Et une fois que j’ai trouvé la bonne solution, après c’est une question de temps de réalisation. Ce qui est long c’est avant la réalisation en fait, c’est tout le temps que tu passes à réfléchir à l’idée. Ce n’est pas comme en bande dessinée où au final c’est le temps de dessin le plus long, les problèmes de narration où il faut faire en sorte à ce que tout soit suffisamment lisible.

Comment as-tu réalisé la couverture de Thair ?

L.M Je l’ai fait sur un très grand format (A3), c’est de plus une image que j’ai fait à l’aquarelle dans un moment d’inconscience. Quand c’est comme ça, tu fais attention parce que tu ne peux pas revenir en arrière. L’aquarelle c’est une question d’avantages et d’inconvénients. Un des avantages, c’est que tu arrives à un rendu assez vite. Le désavantage c’est que cela ne se retravaille pas. Mais par contre ça allait bien pour faire une grande illustration avec beaucoup de détails, parce que cela reste très lisible. C’est aussi pour ça que j’ai opté pour cette technique. Ce qui dans le coup a fait que j’ai commencé la réalisation très très vite. Les couleurs par exemple, j’avais fait toutes les valeurs en gris donc après la couleur se surajoute informatiquement. J’avais déjà les lumières et les ombres de posées. Le plus long ça a été le crayonné et l’ancrage de l’image de base. Sur un tel format, c’est assez long. En tout là je dirais une semaine de réalisation et une semaine de réflexion. Après je pourrais avoir besoin de plus de temps pour d’autres illustrations. Là l’univers je le connais, je suis dedans depuis des années donc ça facilite tout de même le travail. Et j’ai Jean-Luc qui est là pour répondre à la moindre question donc ça aide. Je pouvais lui demander confirmation de mes idées et de la composition, « Est-ce que je peux mettre des navires ? Est-ce que la lune est visible » etc…

En dehors du prochain tome de Thair, avez-vous d’autres collaborations à venir ?

L.M On a un très gros projet dont on n’a pas encore vraiment le droit de parler. J’adore dire ça, ça fait agent secret (rires)

J.L.M J’en ai parlé un petit peu lors d’une interview live avec Leha, on peut en parler un tout petit peu. On a un projet de création de Jeu de rôle.

Avec tout le background préparatoire de Thair, je pense que toutes les personnes qui vous suivent s’en doutent un petit peu 😉

J.L.M C’est même plus qu’un projet, c’est même en cours de préparation.

L.M Cependant on n’a aucune date à proposer, sachant que l’on fait ça en parallèle d’autres projets. On s’est donc donné une date assez lointaine pour bien le bosser et en faire une vraie réussite. C’est génial parce que c’est un peu le rêve de môme qui se réalise. Dans la première partie de l’interview, on parlait de cartes et de bestiaire de goût pour les univers imaginaires. Là c’est l’éclate totale, c’est la connexion de tout ce qu’on aime.

J.L.M J’ai un beau bestiaire et autres flores, et encore il y en a énormément qui ne sont pas dans les livres. On a pris cet univers qu’on a commencé gosse et qu’on peut là travailler avec la maturité qu’on a acquis dans nos carrières. On a pris cet univers originel et on a de quoi faire. Et on a un éditeur qui nous soutient à fond. Mais voilà, pour le moment on n’en dira pas plus. Notre objectif c’est de réussir à étendre notre univers, et on verra quand on aura assez de matériel pour réellement en parler.

C’est donc une affaire à suivre, dans quelques temps. Maintenant que j’ai dévoré les deux premiers tomes, j’avoue que j’attends la conclusion de pied ferme.

J.L.M Ça tombe bien, je viens de terminer le second tome de L’agence Lovecraft, et le prochain roman que je prends c’est le tome trois de Thair. Pour le moment on n’a pas encore la date de sortie, mais ça ne va pas être dans trop longtemps, surement milieu 2022. Comme je déteste être en retard, je prévois toujours qu’il y ait des aléas donc je préfère prévoir un peu large dans les délais avec l’éditeur pour ne pas avoir à tout décaler.

L.M Je fais pareil, je prévois large dans les délais. Une fois j’avais négocié un gros délais avec un éditeur de bande dessinée. L’éditeur m’a demandé si je pouvais finir plus tôt, je lui ai dit il y a deux solutions. Soit je dis oui, et donc je vous mens. Vous serez content sur le coup mais au final vous ne serez pas content. Je ne pourrais pas accélérer sans que cela se voit et fasse bâclé. Soit je vous dis la vérité, là ça ne vous plait pas mais dans un an, vous serez heureux. Je préfère miser sur la deuxième option. En fait, il n’y a que nous qui faisons le travail et qui pouvons estimer. Et encore ça reste compliqué, je préfère voir large. Dans la BD on est sur des délais colossaux. Quand je propose un an et demi, c’est parce que je suis sûr que cela va prendre au moins un an et deux mois, mais on n’est pas à l’abri du moindre changement.

J.L.M Et encore finalement cette année je suis un peu tranquille pour le moment, mais si les salons d’automne reprennent je vais avoir au moins un salon par semaine. Donc c’est des week-end sans écrire. Je vais avoir des petits et des plus gros, je vais avoir Brive, Colmar, Les imaginales, le mien etc… je vais enquiller les salons et tant mieux. Cela va enfin me permettre de faire la promo de mes romans qui viennent de sortir. On parlait de livres qui ont souffert du covid, c’est Libertalia dont je n’ai pas eu l’occasion d’en faire vraiment la promo.

L.M Ce qui nous sauve pour lui c’est qu’il est sélectionné au prix des incorruptibles (lesincos).

affiche réalisée par Bruno Brucero

J.L.M Du coup il va bénéficier d’une belle mise en avant. Et surtout pour ce qui est des avis et des chroniques  pour celui-là par rapport Au retour de la bête, , il est passé un peu en dessous des radars. Le fait de ne pas avoir pu faire les salons ni les écoles, ça a été catastrophique. Et je viens d’apprendre qu’il est également sélectionné au grand prix de Casablanca.

L.M La présence d’un bandeau de sélection c’est un gage de la qualité et en jeunesse c’est vrai que ça peut aider à la décision.

J.L.M D’autant que malheureusement on se rend compte que les médias classiques ne tournent qu’en vase clos que sur certains éditeurs et auteurs. Et c’est comme ça que certains livres passent malheureusement sous les radars, alors qu’ils méritent d’être mis en avant.

Jean-Luc, Lionel, un énorme merci à vous d’être venus nous parler entre ces pages de votre travail, de vos projets et de Thair. Cette rencontre a été très enrichissante, nous y avons appris plein de choses et j’espère que les lecteurs du blog y trouveront plein de réponses et d’intérêt pour de nouvelles lectures.

https://librairiealacroiseedespages.wordpress.com/2021/06/06/rencontre-avec-jean-luc-marcastel-et-lionel-marty-1-2/

3 commentaires sur “Rencontre avec Jean-Luc Marcastel et Lionel Marty 2/2”

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