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Nous – Evgueni Zamiatine

Nous, est une dystopie écrite en 1920 par l’auteur russe Evgueni Zamiatine. C’est un roman complexe avec une écriture et une structure particulièrement recherchées. Il s’agit d’un roman assez court qui nécessite une lecture au calme pour être pleinement apprécié, ce qui permettra d’appréhender les différentes subtilités et idées présentes. Originellement traduit en français à partir de la traduction anglaise du texte dans les années 20, les éditions Actes-Sud ont fait revivre ce texte en le retraduisant en 2017, ce qui le rend accessible et fidèle à la version russe. Un roman à lire d’urgence.

Résumé :

Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la “dernière” de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, sous une cité de verre dans laquelle chaque geste est contrôlé. Les Hommes sont devenus des “Numéros” effaçant toute individualité. Ils paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger. D-503, constructeur de l’INTEGRALE, un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du ‘Bienfaiteur’, y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.

Chronique

Nous, est un roman tellement particulier qu’il est difficile d’en parler sans risquer d’en réduire la substance. Le récit se présente sous la forme d’une compilation de notes écrites par le personnage D-503. A l’approche du lancement de L’INTEGRALE, le journal officiel propose à tous les citoyens de participer à la propagande du bonheur en partageant leur joie. D-503, qui n’est ni poète ni orateur, décide alors d’écrire un journal au jour le jour pour y raconter son quotidien. Le journal prend la forme de 40 notes qui reposent chacune sur 3 concepts clés de la journée de D-503. L’écriture des notes se fais uniquement durant les ‘heures libres’ de D-503 et l’on y voit se mélanger pèle mel action et réflexion au fil des phrases. De par la nature du texte, Zamiatine a créé un texte particulier durant lequel nous voyons évoluer D-503 contre sa volonté. Les doutes et les peurs du personnage vont glisser rapidement vers la névrose et D-503 va se voir radicalement changer. L’apparition de sa liberté de penser va fortement le perturber tandis que l’amour pour « I » devient à la fois sa raison de vivre et la source de cristallisation de tous ses maux.  La traductrice Hélène Henry a réussi un travail surement ardu quant à la structure des phrases qui peuvent paraitre décousues si elles ne sont pas prises dans leur globalité. Travail mené à la perfection tant le texte est poétique.

La société de verre et de bonheur proposée par Zamiatine repose sur la disparition de l’individu au profit de la communauté ce qui n’est pas sans rappeler certaines des dictatures socialistes passées et actuelles. On pourrait prendre un grand nombre d’extraits pour parler des différents thèmes du récit mais celui que je retiendrais est le suivant :

 « Bien entendu cela n’a rien à voir avec les élections désordonnées et désorganisées des anciens lorsque – Il y a de quoi rire ! – on ne connaissait même pas à l’avance le résultat des élections. »

Le final proposé par l’auteur a largement surpassé mes attentes en faisant un véritable point de nez à l’ensemble du récit. Ce roman en avance sur son temps vise à rappeler à tous les lecteurs que l’on a toujours une bonne raison de vouloir faire une révolution. On notera en plus la présence en post face du roman de deux textes de l’auteur qui remettent le roman dans le contexte post-révolution russe de 1917. De par la complexité du roman, il s’agit d’un livre qu’il faudra lire et relire pour en identifier toutes les forces.

Conclusion

Nous, mérite largement sa place dans la grande littérature russe. Ce roman, à l’écriture particulière et à la couverture bien pensée, se voit doté d’une seconde jeunesse qui devrait lui accorder une place de choix dans de nombreuses bibliothèques.

4 commentaires sur “Nous – Evgueni Zamiatine”

  1. Retour de ping : Bilan Février 2021 – Librairie À la croisée des pages

  2. Incontournable en dystopie. Les Orwell et Huxley connaissaient forcément ce texte qui devrait faire référence autant que 1984 ou Le Meilleurs des mondes.

    1. Je ne sais pas si ils ont pu le lire vu sa tumultueuse histoire éditorial. Mais il est certains que si c’est le cas ils en ont forcément étaient inspirés. J’ajouterais à la liste Kalocaine qui forme avec les trois autres, les quatre initiateurs de la dystopie.

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