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Naoto Le gardien de Fukushima – Fabien Grolleau et Ewen Blain

Naoto Le gardien de Fukushima est une bande dessinée scénarisée par Fabien Grolleau, illustrée et colorisée par Ewen Blain. Elle est publiée aux éditions Steinkis début 2021, soit presque 10 ans jour pour jour après la catastrophe de Fukushima. Il s’agit de l’histoire vraie mais romancée de Naoto Matsumura, l’homme le plus irradié du monde et surtout un héros de la cause animale. C’est une bande dessinée touchante, qui mêle à la fois l’histoire de Fukushima et la mythologie pour mieux faire passer la pilule des horreurs. Une BD touchante, qui ne tombe pas dans le pathos.

Résumé

Japon, 11 mars 2011. Un tsunami cause la fusion du cœur de trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima. Une catastrophe de l’ampleur de celle de Tchernobyl.

Comme tous les habitants de la région, Naoto Matsumura est évacué. Mais ce fermier ne peut se résoudre à abandonner la ferme où sa famille vit depuis cinq générations… et ses bêtes. Prêt à tout pour sauver une vie, fut-elle animale, il retourne chez lui, en pleine zone interdite.

Une fois sur place, il va sauver de nombreux animaux domestiques ou de fermes, livrés à eux-mêmes à la suite de leur abandon forcé par leurs propriétaires. Il réussira à s’opposer aux brigades « vétérinaires » venues exterminer les animaux. C’est ainsi qu’il va prendre soin de tous ces animaux en leur prodiguant nourriture et soins. En parallèle de cette vie, il devient un fervent opposant au nucléaire et participe à plusieurs manifestions et congrès internationaux, sans jamais abandonner les animaux de Fukushima.

Chronique :

Le style d’Ewen Blain s’éloigne des dessins classiques de l’illustration numérique à la fois par son trait fin mais surtout par le rendu des couleurs. Au revoir l’effet Photoshop tout lisse et bonjour à un joli style crayon de couleurs, avec sa texture pleine de grains. Le tout dans un effet pastel qui enrichit la poésie de ces illustrations. Effet amplifié par l’utilisation d’un papier mat au lieu d’un papier glacé. On notera le travail des émotions sur les visages qui est bien réussi, surtout pour le personnage de Koichi. Ewen Blain s’en sort tout particulièrement dans les scènes de mythologie en empruntant parfaitement les codes traditionnels des estampes japonaises. On pourra trouver certains animaux un peu caricaturaux (tout particulièrement les chats), cependant l’effet est vraisemblablement voulu et rappellera le style de certains mangas.

Du côté du scénario, on suit une page de vie, quand un univers familier s’écroule. J’ai beaucoup aimé le découpage en grands chapitres, qui sépare l’histoire en fonction des axes à raconter. On commence par l’origine de la catastrophe, les multiples tremblements de terre, puis le tsunami. C’est à ce moment que les auteurs vont commencer à mêler mythologie et faits réels. Ce mélange permet de raconter de manière plus poétique les conséquences environnementales et humaines du tsunami.

Le second chapitre traite de l’évacuation de la population SANS leurs animaux, du rejet familial dû à la peur des radiations et des dégâts sur la nature dus à la centrale nucléaire. Cela sera également un moment de critiques face à la minimisation de la part du gouvernement et de la société TEPCO.

Le chapitre trois est celui que j’ai trouvé le plus touchant. C’est dans cette partie du récit que Naoto va sauver de nombreux animaux et mettre en place une grande « ferme » autour de son foyer. Cette création ne se fera pas sans mal, en passant par l’adoption de très nombreux chiens et chats mais aussi par le sauvetage des animaux de ferme. Naoto devra alors s’opposer aux brigades vétérinaires venues pour tuer tous les animaux.

Le dernier chapitre lui est consacré à la lutte politique que va mener Naoto contre le nucléaire, et sur sa situation actuelle. La fin étant un ode à l’espoir. Les deux derniers chapitres m’ont appris l’existence de faits similaires lors de la catastrophe de Tchernobyl. En effet la procédure d’extermination y a été appliquée de la même manière mais bien que n’ayant pas trouvé d’opposition stricte, il existe encore de nombreux chiens sauvages dans cette région. Je vous conseille par ailleurs le visionnage du reportage Les chiens de Tchernobyl de Léa Camilleri et Hugo Chesnel, qui expose comment les animaux ont repris le contrôle de la zone d’exclusion même si les conditions ne sont pas toujours favorables.

Conclusion :

Naoto Le gardien de Fukushima est une très belle bande dessinée qui porte sur un fait mal connu, à savoir le devenir des animaux lors d’une catastrophe nucléaire. C’est plein d’espoir qui ressort de cette BD. Naoto a choisi le combat pour la vie au lieu de la mort à petit feu. Une BD à lire !

2 commentaires sur “Naoto Le gardien de Fukushima – Fabien Grolleau et Ewen Blain”

  1. Tu testes des sujets difficiles en BD. on ne pense pas toujours aux animaux et ce qu’ils deviennent lors de tragédie comme ça….

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