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L’effet Churten – Ursula K Le Guin

Attention cette chronique n’est absolument pas objective. C’est surement un de mes plus gros coups de cœur de ces dernières années ! L’effet Churten est un recueil de trois nouvelles de l’immense autrice Ursula K Le Guin, publié par actuSF. L’effet Churten, c’est trois histoires qui racontent l’effet de l’immédiateté des voyages interplanétaires dans un univers où jusqu’à présent il faut souvent de nombreuses années pour rallier sa destination lors de voyage en vitesse conventionnelle. Trois textes forts et qui posent de véritables réflexions. 

Couverture Casimir Lee

Résumé

Dans le vaste univers de l’Ekumen, tout voyage prend des années. Difficile de garder des relations avec sa famille et ses amis lorsque l’on doit passer d’une planète à l’autre. La galaxie est une mosaïque d’histoires humaines… Jusqu’au jour où on découvre par hasard l’effet Churten, une sorte de transport instantané, abolissant les distances comme jamais entre les mondes. Encore faut-il le maîtriser et l’utiliser à bon escient…

S’inscrivant dans le cycle grandiose de l’Ekumen, ces trois histoires racontent la découverte de cette nouvelle technologie, ses premiers essais, ses premières réussites et ses premiers drames.

Chronique

Ce recueil de trois nouvelles est issu d’un recueil plus conséquent publié précédemment par les feu éditions Souffle du rêve. Mais plus qu’un découpage, c’est surtout la mise en avant d’un trio de nouvelles appartenant à l’Ekumen qui forme un tout cohérent. La couverture est ici signée par Casimir Lee. Elle peut être rapprochée de la seconde nouvelle de ce recueil, La danse de Ganam. Sans permettre une identification rapide du contenu du livre, c’est une belle illustration très esthétique.

L’effet Churten, c’est le complément de l’Ansible. Le second permet une communication instantanée entre deux points de l’univers, peu importe la distance (technologie dont l’on suit les balbutiements dans Les dépossédés), tandis que le premier lui propose en contre pieds aux lois de la relativité avec un transfert instantané de la matière, un peu à la manière d’une téléportation, la Transilience. Mais de ce voyage  résulte la disharmonie et la désynchronisation. Avec  L’histoire des Shobies, La danse de Ganam et Le Pêcheur de la mer Intérieure, Ursula K Le Guin propose trois histoires fortes avec pour point commun, l’étude de l’impact du changement d’un dogme établit sur ses personnages. Plus que des histoires de voyages, c’est avant tout l’histoire d’une poignée de personnages.

L’histoire des Shobies

La première nouvelle propose de suivre l’équipage hétéroclite du premier vaisseau effectuant la transilience avec des êtres pensants. On commence la nouvelle par la préparation des membres de l’équipage, les Shobies, issus de différentes planètes, d’âge et de « sexe » différents. Une fois leur préparation par la discussion et la découverte de l’autre faite, ils vont s’embarquer pour ce voyage inédit. Mais le voyage ne va pas se passer comme prévu et, arrivés à destination, une dissonance apparait entre les différents groupes du vaisseau. Chacun pensant être dans une réalité qui lui semble propre. C’est à ce moment que l’autrice réussit le tour de force de nous perdre entre toutes ces réalités non consensuelles, sans pour autant nous faire perdre le fil de son/ses histoires. La résolution de ce conflit est alors tournée de manière poétique, supprimant toute recherche d’une solution hypothétiquement scientifique. Ainsi c’est l’image du conte qui ressort, avec la recherche de l’harmonie pour quitter la dissonance.

La danse de Ganam

Cette seconde nouvelle prend la suite de L’histoire des Shobies. L’aventure connue par les Shobies a été disséquée et il a été établi qu’un groupe de voyageurs hétéroclite ne pouvait pas réussir une transilience correcte par manque d’harmonie entre les différents membres d’équipage. Des tests ont été effectués et un homme seul a réussi à plusieurs reprises une transilience parfaite vers la planète Ganam, où il a commencé à approcher les habitants d’une cité qui rappellera la civilisation Inca. Il est temps de réessayer de faire voyager un groupe. Ce groupe sera plus restreint et ne contiendra que des Terriens. Après un voyage qui parait sans encombre, les différents membres d’équipage arrivent sur Ganam. Là où dans les romans de L’Ekumen les premiers contacts avec une nouvelle planète se font sous le signe de la non-ingérence, La danse de Ganammontre un capitaine de vaisseau interventionniste qui, pensant bien faire, va se retrouver marié à la « reine » d’une cité matriarcale, tandis que le reste du groupe conformément aux règles s’intègre sans faire de vague. Le destin des personnages devient alors très différent. Cette nouvelle parle avant tout de l’effet de la divergence de culture et de points de vue. Ce qui dans une culture est un honneur peut alors devenir dans une autre un piège funeste. C’est une nouvelle très subtile qui prône comme souvent chez Ursula K Le Guin, la tolérance et l’apprentissage culturel avant le contact et l’intervention.

Le pécheur de la mer Intérieure

Puis arrive le point d’orgue de ce recueil avec Le pécheur de la mer Intérieure. Avec ce texte, retour sur la planète O, et ses mariages à quatre êtres, que nous avions déjà arpentée dans L’anniversaire du monde. C’est simple cette nouvelle est parfaite en tout point. L’écriture est d’une poésie et d’une subtilité extraordinaire. L’histoire et son déroulé sont impeccables et son personnage principal attachant. Le pécheur de la mer Intérieure c’est l’avant, le pendant et l’après transilience. On y suit Hideo, un scientifique Onien qui va participer activement à la mise en place de la technologie nécessaire à la transilience. Au fil de son récit, on voit se dessiner en arrière-plan un univers connecté par la transilience. C’est alors qu’au détour d’une phrase l’on entend les deux nouvelles précédentes, tel un écho. Mais plus que l’histoire de la transilience, c’est l’histoire de Hideo qui nous est contée. Son histoire c’est celle d’un homme qui quitte le foyer familial chaleureux pour une autre planète, avec pour espoir de pouvoir y revenir plus rapidement qu’il ne l’aura quitté. Avec l’espoir de pouvoir un jour passer d’une planète à l’autre de manière instantanée. Mais lors d’un test avancé, les choses ne se passent pas comme prévues. Ce sont alors les flux temporels et non plus spatiaux qui se mélangent, permettant à notre héros de vivre une seconde vie, tout en maintenant le paradoxe de la première.

Conclusion :

Avec l’effet Churten, Ursula K Le Guin nous livre un trio de nouvelles qui forme une histoire complète particulièrement riche et émouvante. Ces trois textes d’une grande richesse, nous montre par trois méthodes différentes l’effet d’une technologie, et plus largement d’un concept sur un personnage, voire une civilisation. La plûme de Ursula K Le Guin, traduite ici par Anne-Judith DESCOMBEY, est d’une telle finesse qu’elle saura à coup sûr vous emporter. En bref c’est un livre brillant de créativité et de réflexions que tout lecteur devrait posséder dans sa bibliothèque. Un livre que je relirai très certainement plusieurs fois.

Caractéristiques:
Edition: ActuSF format poche (hélios)
Autrice: Ursula Kroeber Le Guin
Traductrice: Anne-Judith Descombey
Couverture: Casimir Lee
199 pages // 7€90

8 commentaires sur “L’effet Churten – Ursula K Le Guin”

  1. Ton commentaire fait vraiment envie. Ces trois nouvelles sont très tentantes. Je sens que je ne vais pas tarder à les faire entrer dans ma PAL 😉

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