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Et si Napoléon… – Collectif

En 2021 nous avons célébré le bicentenaire de la mort de Napoléon à Saint Hélène. Stéphanie Nicot le rappelle dès la préface, c’est un personnage au combien controversé de l’histoire de France et même à l’échelle mondiale. Mais une chose est certaine c’est qu’il a marqué l’Histoire, qu’il a lui-même réécrite pour partie dans ses mémoires. Cette anthologie publiée chez Mnémos ne vise pas à prôner ou juger le personnage mais bien à jouer le jeu du « Et si … ? ». Avec ces treize uchronies Napoléoniennes toutes réussies, partez à la découverte souvent surprenante de notre histoire si elle avait dévié de sa ligne directrice.

Résumé

Douze auteurs et une autrice ont relevé un défi digne du bicentenaire de la mort de Napoléon : raconter des histoires alternatives à celle que nous connaissons autour de l’épopée Napoléonienne. Pour cela quatre grandes parties se succèdent. La première, celle d’un empereur vainqueur de ses plus grandes défaites. La seconde partie elle imagine un empire qui a su se perpétuer au-delà de 1815 (si on ne prend pas en compte l’exile sur l’île d’Elbe). Puis la troisième partie s’attarde sur l’inexistence du premier empire. Enfin la dernière partie, constituée d’un seul texte de Michael Roch, a la lourde tâche de s’intéresser à ce que Napoléon lui même a reconnu comme une faute, le rétablissement de l’esclavage.

couverture de Alexey Egorov

Chronique

Il n’est jamais évident de parler d’une anthologie de nouvelles surtout quand celles-ci sont toutes d’auteurs différents ; aussi commençons par le commencement, la couverture. Ici elle est de Alexey Egorov. C’est une couverture que j’aime beaucoup. Elle reprend les grands symboles de l’empereur tout en y ajoutant une touche épique et dark que j’adore.

Stéphanie Nicot signe une courte préface sur l’existence même de cette anthologie. C’est une préface comme je les aime. Elle est claire, bien construite et surtout utile et érudite. L’érudition c’est d’ailleurs quelque chose que l’on retrouve tout au long de l’anthologie. Chaque auteur.e a potassé son sujet et même si on est dans des uchronies, il n’y a pas d’anachronisme évident ni de problème temporel en dehors des points de divergence. A tel point qu’il est même par moment difficile de trouver le point de bascule officiel (et ça j’adore !).

La première partie : L’empire vainqueur contient quatre textes, tous de qualité. Le premier de Laurent Poujois imagine comment éviter à la flotte franco-espagnole de subir le carnage de Trafalgar, en imaginant une mission d’espionnage de haut vol pour empêcher les Britanniques de mettre la main sur une arme qui pourrait s’avérer dévastatrice. Le texte suivant de Jean-Claude Dunyach propose une victoire à Warteloo en associant l’invention de la dynamite non pas à Noble mais à Lavoisier. Avec une telle arme, aucune chance pour que les brits ne l’emportent. C’est une de mes nouvelles préférées, elle est courte, efficace et drôle. Puis s’en suit la plus longue nouvelle, celle de Fabien Cerutti qui propose un empereur victorieux sur le fil de sa campagne de Russie. Mais la force du récit repose sur le second plan du récit. Ici c’est Lafayette, sous la direction de la sœur de Napoléon, qui propose une variante de la vente de la Louisiane afin d’obtenir rien d’autre que la moitié du Canada. C’est une nouvelle très intéressante du point de vue de l’histoire et de la narration. Elle fait également partie de mon top 3. S’en suit une nouvelle plus « drôle » de Johan Heliot qui propose une résolution de la campagne de Russie pour le moins inattendue.

La seconde partie : L’empire toujours propose trois textes. Le premier Tout se distille de Silène Edgar (seule autrice de l’anthologie) propose une belle réécriture hommage au Parfum de Suskind. Le tout en y ajoutant une belle critique au code civil si prompt à enrichir l’empereur et à objectiser l’âme humaine. C’est le texte que j’ai préféré dans cette partie. La seconde uchronie est celle de Thibaud Latil-Nicolas qui nous entraine dans une sorte de nouvelle guerre mondiale due à une coalition Russo-Anglo-Prussienne. On assiste à l’inéluctable fin d’un empire dans un conflit qui a simplement été retardé dans le temps. C’est un texte dynamique avec une super écriture, qui m’a clairement donné envie de découvrir sa série des Chevauche-Brumes. Enfin Jean-Philippe Jaworski vient clôturer cette partie avec une guerre improbable dans les Dardanelles. Fidèle à son écriture guerrière, ici le sang et les viscères ne manquent pas. Il s’agit surtout d’une mise en abime dans la mise en abime (merci Deadpool) que fait le personnage de Bellac en cherchant lui-même comment réécrire l’histoire de l’empire pour en éviter cette guerre.

Enfin arrive la troisième partie L’empire s’efface, avec ses cinq textes qui divergent le plus avec la réalité, l’absence d’empire Napoléonien. Dans Le dernier rêve de Napoléon, Raymond Iss imagine les conséquences du mariage de Napoléon avec Désirée Clary et l’apparition précoce de la maladie. C’est une nouvelle pleine de mélancolie. Arrive ensuite la nouvelle que j’ai préféré dans l’anthologie avec L’horatius Coclès du Tyrol de Jean-Laurent Del Socorro. Ici Napoléon ne réussit aucun de ses coups d’éclat qui sont tous mis au profit d’un autre Général Français trop souvent oublié des livres d’Histoire. A savoir Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie (vous le connaissez sous un autre nom mais je vous laisse le découvrir dans le texte c’est tout simplement jouissif). Arrivé juste à temps pour écraser l’insurrection du 13 vendémiaire, il va inverser son destin avec celui de Napoléon. C’est un texte d’une grande efficacité, qui fait preuve d’un cynisme et d’un humour noir jubilatoire. Arrive ensuite Victor Dixen qui propose de ne pas faire les cent jours. Texte intéressant, j’ai trouvé l’idée de départ géniale mais trop courte. S’en suit Armand Cabasson qui nous propose une épopée mexicaine pour le vieux Bonaparte après une évasion réussie de Sainte Hélène. C’est un texte très intéressant qui propose une vision différente de la régence de François Ferdinand de Habsbourg-Lorraine. Pour le coup, le texte en lui-même est bien mené mais ce sont surtout ses conséquences que j’aurais aimé lire. Ugo Bellagamba vient clôturer cette partie. Surement le texte le plus inattendu de l’anthologie. La campagne d’Egypte a pris un tournant pour le moins surprenant et les conséquences en sont immenses.

Enfin Michael Roch avec Rêves d’égalité vient avec brio remettre en question la remise en place de l’esclavage dans les îles sucrières et propose un monde dans lequel Toussaint Louverture réussit à rendre la république d’Haïti indépendante, avec la bénédiction de Bonaparte. Nouvelle de science-fiction avec ses nombreux voyages temporels, l’auteur nous propose ici un texte d’une immense qualité. L’idée de base est le point de départ parfait pour y raconter cette histoire qui vient clôturer en beauté le recueil.

Conclusion

Avec Et si Napoléon… Stéphanie Nicot propose une anthologie d’uchronie Napoléonienne très réussie. Tantôt empereur triomphant, tantôt raté sur raté, Napoléon a inspiré les auteurs ici présents. Treize textes tous qualitatifs qui, à leur manière, célèbrent ce qui peut l’être et accusent ce qui doit l’être. Treize textes, treize styles différents, treize raisons d’y trouver ce que vous aimez !

Je ne suis pas le seul à avoir apprécié cette anthologie c’est également le cas des Trolls

Caractéristiques
Titre: Et si Napoleon…
Editeur: Mnémos anthologie de nouvelle grand format
Auteurs et Autrice dans l’ordre d’apparition:
Laurent Poujois – Jean-Claude Dunyach – Fabien Cerutti – Johan Eliot
Silène Edgar – Thibaud Latil-Nicolas – Jean-Philippe Jaworski
Raymond Iss – Jean-Laurent Del Socorro – Victor Dixen – Armand Cabasson – Ugo Bellagamba
Michael Roch
Direction: Stéphanie Nicot
Couverture: Alexey Egorov


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6 commentaires sur “Et si Napoléon… – Collectif”

  1. Retour de ping : Et si Napoléon… anthologie dirigée par Stéphanie Nicot – Au pays des cave trolls

  2. Il y a une chouette palette d’auteurs, dont certains que j’apprécie beaucoup, donc évidemment j’ai envie de découvrir ce livre !!

  3. Retour de ping : Coups de cœur: Juin et Juillet – Librairie À la croisée des pages

  4. Retour de ping : Et si Napoléon…. – Au pays des cave trolls

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