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Derniers jours d’un monde oublié – Chris Vuklisevic

Derniers Jours d’un monde oublié est le premier roman de Chris Vuklisevic, il est publié aux éditions FolioSF. Roman de fantasy de grande qualité, Derniers Jours d’un monde oublié nous entraine sur l’île isolée de Sheltel qui, à la suite de l’arrivée plus qu’inattendue d’un navire pirate, va voir toute sa structure transformée en profondeur. Il s’agit d’un roman intelligent qui utilise Sheltel pour mieux parler de notre société moderne. Enorme coup de cœur de votre futur libraire 😉 c’est simple si les locaux étaient déjà ouverts, la vitrine en serait remplie !

Couverture Alain Brion

Résumé

Plus de trois siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au milieu du Désert Mouillé.

Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

Chronique

Ce roman est le grand gagnant du concours lancé par FolioSF pour fêter les vingt ans de la collection. Il est magnifiquement illustré par Alain Brion qui propose une île émergeant des flots, mais qui semble sur le point de s’effondrer. Une très belle représentation métaphorique du roman. Il s’agit assurément d’une couverture qui accroche le regard.

Derniers jours d’un monde oublié est un roman assez court qui se déroule sur une douzaine de jours. Chaque jour va être le théâtre d’évènements forts ou anecdotiques qui vont tous conduire à la chute de Sheltel telle que nous la découvrons au début du récit. Au début du roman Sheltel est complétement isolée et ses habitants sont persuadés d’être seuls depuis la Grande Nuit, jusqu’à l’arrivé des Pirates où toutes leurs certitudes vont être remises en question. Sheltel n’est pas une île si agréable que cela, entre manque d’eau, système politique arbitraire et consanguinité, l’arrivée des pirates est pour certains une opportunité mais pour d’autres une menace. On notera que la magie proposée par l’autrice est très intéressante mais manque un peu de profondeur. Difficile de vous parler du scénario sans en dévoiler trop. J’y ai tout particulièrement aimé les parallèles que nous pouvons faire entre notre société et celle de Sheltel. De ce point de vue Derniers jours d’un monde oublié tend vers la critique sociale.

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Le vieux marchand en voulant augmenter ses richesses commerciales va être l’élément déclencheur de toutes les calamités à venir. C’est en voulant s’enrichir encore plus qu’il va manipuler la politique locale dans le but de faire venir les pirates. Sans aucun doute sans lui, ceux-ci n’auraient pas réussi à accoster sans son aide. D’autant que la situation va rapidement lui revenir en plein face. J’ai vraiment aimé cette partie du récit. Fable politique, elle illustre parfaitement comment une société de consommation tournée vers les richesses personnelles conduit un écosystème à sa perte. Il en est de même avec le natif qui en cherchant à tout prix à garder le contrôle va assoiffer sa population, ce qui finira par la consumer. Ne serait-ce pas là un avertissement de la part de l’autrice quant aux ravages du dérèglement climatique ? Et encore je ne vous parle ici que de deux de ces points, mais le personnage d’Erika est lui aussi à même d’apporter de grandes discussions sur la prédestination et sur l’apprentissage maternelle. En bref le roman est bien plus profond qu’il n’y parait de prime à bord.

J’ai beaucoup aimé les personnages qui ne tombent jamais dans le manichéisme. Le vieux marchand lance une grosse partie de l’intrigue qui va se mettre en place et c’est sans aucun conteste le personnage le plus intéressant du roman. Plus qu’un personnage, il est à lui seul une métaphore de la société consumériste et avare de richesse. Dur dans ses positions au départ du récit, celui-ci n’en est pas pour autant tout noir et se maintient sur le fil entre connard complet et personnage dont la vie en a fait ce qu’il est. Erika la pirate est un personnage plus ambivalent encore. Avec elle, on découvre l’île dans ses profondeurs et ses motivations nous apparaissent logiques quand on apprend à la connaitre. Tandis que le personnage de la sorcière (la Main) est sans doute celui que j’ai le moins apprécié. Mal nécessaire, c’est un personnage qui restera assez superficiel et pour lequel j’ai trouvé un revirement de situation un peu trop rapide. Ce trio est accompagné de nombreux personnages secondaires qui donnent vie à Sheltel.

Vous arpentez cette île depuis toujours, rien ne vous est secret. Vous recueillez les derniers mots des Sheltes et leurs tout premiers cris. C’est d’eux seuls que peut venir le secours. Du côté des puissants règnent la confusion et la compromission. Ils ont trop à gagner de cette opportunité. Mais nous pouvons montrer aux gens du commun qui doutent encore le vrai visage de la menace, si nous savons où les toucher. Qu’aiment-ils plus que l’argent et l’espoir du succès ? Qu’est-ce qui pourrait leur faire fermer les tavernes du port et prendre les armes ? Que ne pourront-ils ni vendre ni acheter si les pirates les en dépouillent ?

Chris Vuklisevic est une jeune autrice qui propose avec son écriture fluide un roman qui se lit très rapidement. Ursula K Le Guin dans Le laguage de la nuit disait « une écriture simple est sans doute la plus complexe a mettre en place ». Au début de chaque chapitre on trouvera un texte provenant d’un journal, d’un affichage administratif ou autre. Ce sont ces différentes notes qui font tout le roman et mon coup de cœur. C’est par ces textes courts que l’on voit l’impact de la rencontre entre les habitants et les pirates. Toute l’histoire qui se passe en second plan en devient visible par ces petites notes. Le découpage du texte en journée elles-mêmes recoupées du point de vue des différents personnages donne une très bonne rythmique au texte. Les différents chapitres sont très courts, on a donc continuellement envie d’en lire « un de plus », « allez encore un petit dernier ».

Conclusion

Derniers jours d’un monde oublié est un roman qui porte très bien son nom. Énorme coup de cœur pour le mois d’avril, c’est un roman complexe qui nous parle de notre société. L’écriture fluide nous transporte dans le récit sans jamais nous laisser sur le côté de la route. Roman que nous  avons lu pour le club de lecture, l’ensemble des membres qui se sont réunis ont tous salué ce roman dans son ensemble. Un roman que je vous conseille fortement ne serait-ce que pour l’originalité de son univers. J’attends avec impatience de pouvoir relire cette autrice à suivre.

1 commentaire pour “Derniers jours d’un monde oublié – Chris Vuklisevic”

  1. Retour de ping : Les coups de cœur du mois d’Avril – Librairie À la croisée des pages

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