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Rencontre avec Jean-Luc Marcastel et Lionel Marty 1/2

Nous ne présentons plus Jean-Luc Marcastel, auteur cantaloup de plus d’une trentaine de romans dont une bonne part dans les registres de l’imaginaire. Ecrivain prolifique dont le public passe par toutes les classes d’âge, il nous livre avec Thair publiée aux éditions Leha nouvelle trilogie de Science Fantasy magnifiquement illustrée par son ami d’enfance, Lionel Marty. Lionel lui est illustrateur de nombreuses bande dessinés et d’art appliqué, sa série phare étant Le rêve de Jérusalem ou plus récemment les 7 merveilles : Halicarnasse. » La mère de toutes les tombes »

C’est dans ce cadre que j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec ces grands bavards. Retrouvez la première partie de cette interview, centrée sur la construction de Thair

Lionel Marty
Jean-Luc Marcastel

Jean-Luc, avec Thair tu nous proposes une nouvelle trilogie assez différente de ta production habituelle, avec la création d’un univers encore plus riche. Les deux premiers tomes sont illustrés par Lionel Marty. Pouvez-vous nous parler de vos années communes ?

Lionel Marty : Je suis un vieux copain de Jean-Luc et je suis dessinateur de bande dessinée avant tout. J’ai fait du fantastique, et un peu de science-fiction en tant qu’auteur de BD. Avec Jean-Luc, on a les mêmes passions et on a commencé plus ou moins en même temps.

Jean-Luc Marcastel : Tu as dû commencer à dessiner plus ou moins en même temps que moi j’ai commencé à écrire.

L.M  Déjà au lycée on avait une production, moi de dessin et Jean-Luc d’écriture. Et voilà, on a rapidement commencé à faire des trucs ensembles.  On a créé des univers ensembles et ce qui est chouette c’est que les années passent mais pas notre amitié et nos créations communes.

J.L.M  On avait appelé ça les univers pourris pendant nos années lycées 😉

L.M   Avec Jean-Luc on a eu la chance de grandir à la campagne, et quand on aime le fantastique on y est finalement peu alimenté en œuvres de l’imaginaire. Ce n’est pas comme maintenant où avec internet on en est continuellement nourri, jusqu’à la surdose parfois. A l’époque cela nous arrivait au compte goute, ce que je trouve super parce qu’on était obligé de chercher. A l’époque, quand on fouillait en librairie, enfin en presse ou bibliothèque, quand on tombait sur une revue comme METAL HURLANT ou EPIC ILLUSTRATED, c’était un gros choc qui nous nourrissait. C’est cette rareté d’accès à l’imaginaire qui nous a forcé à le fabriquer nous-même. Ça a eu un rôle déterminant pour moi. Je fais partie de ceux qui se sont mis à dessiner pour prolonger. C’est le fait que l’on en [l’imaginaire] avait envie, sans que cela soit disponible qui nous a poussé à la création.

J.L.M   J’avais la chance par mon père d’avoir une bonne bibliothèque de SF, mais en dehors de ça je me rappelle qu’à la médiathèque pour trouver des bouquins de fantasy ou de SF c’était proche de l’impossible. C’était très limité, il n’y avait pas des rayons spécialisés, c’était noyé dans le reste des rayons. On pouvait passer un temps fou à chercher. En plus de ça, ce n’était pas uniquement qu’en lecture que l’imaginaire se faisait rare. Même au niveau film c’était une vraie misère, j’attendais une fois par mois l’émission L’avenir du futur à la TV, et on avait le droit à un seul et unique film. Le reste du temps c’était le désert.

Lionel, peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

L.M J’ai fait une école d’art appliqué. Et même lors de mes études, quand je disais je veux faire de la bande dessinée et de l’illustration fantastique, c’était très compliqué à vendre. On me disait de m’orienter sur autre chose. Comme je suis plutôt têtu, ça m’a encouragé mais je pense que cela a découragé beaucoup de monde. Et bien sûr dans mon processus créatif il y a eu le jeu de rôle. Tout comme j’avais besoin de prolonger mes lectures avec l’illustration, le JDR m’a fortement aidé à cet approfondissement.

Comme vous venez de l’évoquer, le JDR semble être un moteur de la construction narrative de nombreux auteurs. Comment cela a-t-il influencé vos processus créatifs ?

L.M Prenons l’exemple de fantasy. A l’époque on avait le droit à très peu de films de qualité. On avait Conan le Barbare et quelques autres, mais on avait vite fait le tour. Contrairement à aujourd’hui où la production est-elle que l’on ne peut plus tout voir. Par contre cette production est beaucoup plus formatée qu’avant. Ça en devient moins vivant, moins riche qu’une campagne moyenne de JDR qui elle, pouvait partir dans tous les sens. Le JDR, ce qu’il m’a apporté ce n’est pas une aide dans l’écriture des scénarios, je ne fais pas des transpositions, cependant cela m’a décomplexé. Je m’interdisais de faire vivre mes univers, me sentant écrasé par le poids des maitres de l’époque. Pour moi le JDR ça été le bac à sable, un terrains d’entrainement à l’écriture de scénario et à l’illustration. C’est un peu comme le rock. Une fois qu’on a bien bidouillé dans le garage et qu’on maitrise le groove, on part sur scène.

J.L.M  J’ai commencé à écrire bien avant le JDR. Le JDR c’est venu après. Un peu comme ma lecture de Lovecraft. Avec mon papa, j’ai pu lire Lovecraft avant la sortie de L’appel de Cthulhu. Cependant le jour de la sortie du JDR, ça a été une explosion de joie. J’écrivais déjà depuis que j’avais douze ans, autant dire qu’à cette époque en France, le JDR était encore inconnu. Le premier JDR que j’ai eu c’est grâce à ma maman qui, lors d’un déplacement à Londres, m’a rapporté un exemplaire de la première version de Stormbringer. J’avais dû la harceler pour ça (rires). Il y a un truc que j’ai appris du JDR, c’est apprendre à structurer mes histoires. Ça me vient de la création de scénarios de JDR, de faire un plan très détaillé avant d’écrire une histoire. A l’époque quand j’écrivais, je partais comme ça et ça allait dans tous les sens. J’y ai appris à rationnaliser une histoire, à voir ce qui fait avancer, ce qui marche bien et surtout, voir tout de suite les problèmes. Quand on jouait avec Lionel, j’avais tout suite un retour et c’est super important.

L.M Ca m’a aidé à comprendre le processus narratif, et le travail en équipe. Dans le JDR on ne raconte pas une histoire tout seul. C’est comme quand on écrit une histoire, on ne manipule pas le lecteur, on s’appuie sur lui. Sans le JDR je n’aurais surement pas eu le goût du travail d’équipe qui est essentielle à la création d’une bande dessinée entre scénariste, coloriste etc… ça m’a aussi aidé à lâcher prise sur mes dessins pour les faire évoluer. Et il y a aussi et surtout le côté création, créateur d’univers.

Une des images motivantes de Lionel, c’est une photo de Howard jeune qui joue au pirate avec ses amis

L.M A un moment quand tu aimes les univers imaginaires, tu aimes partager, tu veux faire vivre tes lectures.

J.L.M Thair, c’est né de ma passion de la création d’univers. Je l’ai déjà dit mais c’est mon DUNE à moi. J’ai toujours aimé créer des univers. Il s’est trouvé que je l’ai développé énormément, c’était le désir de créer un univers entier et concret. Dans le JDR je l’avais déjà fait, avec la création d’un ou deux JDR de jeunesse, mais Thair c’est une énorme bête.

Jean-Luc, régulièrement tu dis que tu as plusieurs centaines de pages de background pour THAIR, et à la lecture on sent qu’il y a une envie d’avoir un univers cohérent, complexe, qui ne ressemble pas à une façade de western. On sent d’ailleurs que le développement d’un JDR dans l’univers serait rapidement faisable vue l’accumulation de données que tu as pour Thair. Comment s’est passée cette création ?

J.L.M Quand j’ai commencé à écrire sur Thair, je n’avais pas du tout l’idée de faire un JDR ou un roman particulier, je voulais développer un univers. Après bien sur je me suis dit « Punaise ça ferait un chouette JDR », et j’y ai vu toutes les histoires que je pourrais y raconter. Avec tout mon background, oui on pourrait y imaginer un JDR, mais cela demanderait tout de même énormément de travail. Ce n’est pas tout formaté pour ça.

L.M Je pense que c’est ça, on a envie de créer un univers et une fois qu’il existe, on a l’envie de s’y promener, de le dessiner.

J.L.M Exactement, j’avais envie de m’y promener, de le faire vivre et aussi et surtout de le partager. Surtout quand on a une telle matière première on se dit que c’est tout de même dommage de ne rien en faire. Je savais qu’il y aurait peut-être au maximum 10% de la création, mais ça serait dommage d’avoir fait tout ça sans rien en faire à la fin.

L.M Le grand truc des univers imaginaires c’est que quand j’en trouve un qui me plait, j’ai envie de tout lire. Par exemple il y a deux ans j’ai découvert Clark Ashton Smith (auteur américains proche de l’œuvre Lovecraftienne), ça m’a explosé la tête et je me suis dit qu’il me fallait tout lire de cet auteur. Et a un moment il n’y a plus rien à lire de lui, et de ce moment de frustration naît un nouveau truc, l’envie de continuer. Et la matière première pour moi c’est de faire des dessins.

J.L.M C’est pareil pour moi avec Lovecraft, et j’ai fait L’agence Lovecraft, pour prolonger et faire un hommage à cet univers. Tu peux faire un hommage mais tu ne fais pas non plus une continuité directe qui devient canon. C’est une prolongation d’univers à notre façon.

Thair, c’est un univers riche que vous nourrissez depuis de très nombreuses années. Quand je vous écoute, on ressent une création commune de Thair. Comment avez-vous créé ensemble cet univers ?

J.L.M C’est vrai que l’on en a parlé très souvent tout les deux !

L.M C’est Jean-Luc qui a créé, moi je l’ai suivi. Il arrivait avec des carnets de notes remplis de hiéroglyphes. Et j’avais la chance d’être le Abdul Al Azhred qui recevait ses cahiers. Je lisais et je découvrais l’univers. J’étais plus premier lecteur qu’inventeur. Et après, ça m’inspirait des dessins.

J.L.M Mais c’était à double sens, tu faisais les dessins, dessins qui pouvaient me suggérer eux-mêmes des idées.

L.M Je ne m’immisçais pas dans la création mais j’avais envie d’explorer l’univers de JL en faisant des dessins. Et quelquefois je dessinais des trucs pas encore écrits.

J.L.M Et de ces dessins, j’en puisais une nouvelle source de création. C’était naturel, une partie de ping-pong super agréable.

Dans THAIR Jean-Luc tu nous décris un univers néo féodal qui, après une chute technologique, utilise d’anciennes machines d’ultra haute technologie, un peu à la manière d’artefacts. D’où t’est venue cette idée ?

Je voulais faire un univers de SF épique. Ça m’a toujours fait rêver d’imaginer des mecs qui récupèrent des armures cybernétiques de six mètres de haut et qui y soudent des apparats claniques, parce qu’ils trouvent ça trop épuré. Un peu comme un mecha de la culture japonaise, sur lequel ils ajouteraient des soudures pour lui faire un masque de monstre. Pour le rendre plus impressionnant. Y mettre des étendards et trucs colorés. La caste des Cybériaïres (guerriers rentrant dans des armures cybernétiques contrôlées au moins en partie par une IA), c’est un mélange d’archaïsme et de néo-féodalité. Finalement quand on analyse, c’est un peu ce qui est fait dans DUNE, avec une société hyper archaïque et pourtant une technologie de folie. J’avais un JDR que j’adorais, NOM, avec une vraie féodalité spatiale.

Finalement THAIR c’est ton planète opéra néo-féodal. Avec un tel background, comment as-tu choisi l’arc dont tu voulais parler ? Tu aurais pu parler de cinquante histoires différentes, comment choisir ce moment et ces personnages ?

J.L.M L’histoire m’est venue complétement naturellement. Un peu comme Tolosania la cité à flanc de colline avec des immenses écluses qui se ferment un peu à la manière d’un pont levis. Par ailleurs Lionel il me tarde d’avoir le visuel final de la cité (rires). Tout l’univers m’est venu tout seul. Quand j’ai envoyé le background à mon éditeur, il a été impressionné par la quantité.

Avec une telle quantité de travail sur l’univers, comment as-tu choisi l’histoire à y raconter ?

J.L.M Au départ je voyais déjà l’histoire. Le décorum lui m’est venu après. Je remarque souvent, en tant que lecteur, que les auteurs qui viennent du jeu de rôle ont tendance à faire des histoires qui sont géniales mais qu’ils finissent par noyer dans leurs univers hypers travaillés. Finalement dans un roman tu n’es pas là pour faire faire un tour operator, mais pour raconter une histoire. Tant que ça sert l’histoire c’est bien, mais dès que ça commence à dépasser ce n’est pas possible, le lecteur va décrocher.

L.M Ce qui est fascinant dans la genèse de Thair pour moi qui la voyais de l’extérieur, c’est qu’à un moment Jean-Luc a eu la sensation que l’univers était devenu trop écrasant.

J.L.M Un monstre

L.M Et il m’a dit j’écris ce truc mais je n’en ferai jamais rien, c’est beaucoup trop gros, mais il faut que je le fasse. A un moment ça l’a fortement inquiété. Il savait que cela dépassait largement ce dont il avait besoin pour raconter son histoire.

J.L.M C’est exactement ça, j’avais la sensation de pédaler pour rien. Mais j’étais allé tellement loin et c’était tellement passionnant que je ne pouvais pas arrêter. Je voulais boucler mon univers.

Finalement les tomes de THAIR sont courts avec 300 pages, là où dans des planètes opéra classiques on est souvent sur du 600-800 pages. Pourquoi ce format ?

J.L.M  Je voulais raconter une histoire. Je ne voulais pas faire un long voyage ennuyeux. Je voulais que le lecteur soit embarqué dans l’histoire, que la tension soit omniprésente et que l’on conserve l’intensité. Alors c’est sûr il n’y a pas tout mais tant pis, le principal c’est de faire plaisir aux lecteurs. Finalement j’ai eu raison et on trouvera toujours un moyen d’en faire quelque chose.

J.L.M  Il y a toujours un moment quand le truc devient énorme, tellement gros pour nous, que l’on a conscience que ce que nous faisons c’est pour se faire plaisir. Mais on se demande alors si lecteur va y trouver son compte lui aussi. Nous on s’éclate, on met des trucs partout, mais il nous faut des retours et des barrières pour baliser un chemin lisible. Thair c’est vraiment un très gros bébé. Mais il a fallu tracer un chemin et s’y tenir finalement.

Thair Tome 1 Renaissance
Thair Tome 2 Malpeste

Lionel tu signes les deux couvertures qui sont assez différentes l’une de l’autre tout en conservant un univers commun. Comment les avez-vous travaillées tout les deux ?

J.L.M Ça c’est Lionel (rires). Mais ce n’est pas que nous, il y a aussi notre éditeur. Lionel a commencé à faire des dessins. Moi je lui faisais entièrement confiance, je lui disais bon celle-là elle est super etc… On a fait une première sélection tout les deux de ce qu’on allait proposer à notre éditeur. Lui aussi a ses exigences, ses désidératas. C’est donc un travail commun avec Jean-Philippe (Jean-Philippe Mocci, responsable des éditions Leha).

L.M Sur le premier tome j’ai été un peu plus libre. On voulait une illustration qui fasse à la fois SF mais aussi fantasy. On voulait conserver le doute sur la teneur de l’univers, pour que le lecteur le découvre mais on voulait tout de même que la menace soit présente. On voulait que des éléments dramatiques soient présents sur la première couverture, mais sans trop dévoiler l’univers. Pour le second tome, on s’est vu avec l’éditeur avant que j’attaque le travail. Au départ, j’avais une idée complétement différente du rendu final. Moi je pensais qu’il fallait faire quelque chose dans la continuité de celle du premier tome. Et Jean-Philippe m’a dit qu’il ne pensait pas que la scène représentative du bouquin soit celle que j’avais choisie. Sur le coup quand il a décrit la scène qu’il voulait, je me suis dit « Waouh ». Après avoir relu le bouquin je me suis dit oui, c’est la scène qu’il faut.

Pour le coup c’est la scène épique du roman. C’est d’ailleurs un peu osé d’utiliser une scène aussi puissante comme couverture non ?

L.M L’important c’était de tenir la promesse qui allait tenir le lecteur en haleine. On a tous connu l’inverse avec une couverture, avec de meilleures idées que celles du roman. Pour Thair, j’ai vraiment tenu à respecter le livre et faire une couverture qui donne envie. Là où j’ai dit « oui mais » à l’éditeur, c’est sur le format de la couverture. Je lui ai proposé un habillage première-quatrième de couverture. Une scène comme ça c’est en panoramique, pas juste un petit crop.

Pour ma part, j’adore cette illustration que je trouve pile dans le ton du livre. Avec la menace Node au première plan, l’explosion très visuelle, le tout sur une atmosphère dramatique. C’est clairement le genre de couverture que l’on veut pourvoir encadrer.

L.M Merci beaucoup, je suis toujours content quand mon travail est reconnu.

Quelles ont été tes sources d’inspirations pour faire ses designs ?

L.M C’est vraiment la lecture du roman de Jean-Luc qui m’a inspiré. Dès les premières pages du roman, on a cet effet de grouillement obscure sous-jacent. Les formes qui émergent d’une masse indicible.

J.L.M Les dessins de Lionel c’est exactement comme cela que je voyais les Nodes par exemple.

L.M C’est un bonheur à illustrer, d’une part parce que je connais l’univers et que je l’adore, mais aussi parce que Jean-Luc a une écriture très visuelle. C’est très cliché de dire ça mais c’est vrai.

C’est vrai que Jean-Luc a une écriture très visuelle. Dans chacun de ses romans, on est tout de suite capté par les atmosphères sans même qu’il ait besoin de nous faire des pavés de descriptions.

L.M Jean-Luc me fait confiance pour prolonger sa vision et quand je lui envoie quelque chose, il va toujours rebondir dessus pour l’emmener plus loin. Il n’a jamais repoussé une de mes idées en disant non c’est pas du tout ça. Quand une idée n’est pas utilisable tout de suite, il dit toujours on pourra en faire ça… Il voit toujours un potentiel enrichissant à l’univers. J’adore les graphismes des romans de l’époque pulp. Quand je vois une couverture je veux qu’elle me parle du bouquin. C’est facile de faire une image qui nous éclate mais qui pourrait aller sur plein de livres différents. Pour moi, il faut être généreux et offrir un graphisme qui correspond au roman pour que les lecteurs s’y retrouvent. Il ne faut pas oublier que c’est la première chose que voit le lecteur.

Dans le monde de l’imaginaire, je pense que la couverture est en effet le moteur principal d’achat d’un livre. Contrairement à la littérature générale qui se permet un fond blanc avec juste un titre. Dans l’imaginaire, il  y a une telle variété et richesse qu’il faut l’exploiter pour attirer le lecteur.

J.L.M C’est exactement ça. Si la couverture attire l’œil, le lecteur va retourner le livre pour lire le résumé. Et si le résumé est vraiment bien alors il va ouvrir le livre et commencer à lire la première page. Et on voit clairement en salon quand une couverture est un frein ou un moteur à la vente d’un livre.

L.M Dans l’univers de l’imaginaire, c’est ce que l’on disait précédemment, on a besoin de prolonger les univers et l’illustration c’est dans l’ADN de ces univers. La couverture c’est donc un élément clef.

La police d’écriture des titres aussi est importante. Depuis quelques temps on a tendance à voir de plus en plus de polices tellement travaillées que l’on en oublie la lisibilité. Alors qu’avec Thair, on sent qu’il y a un travail même ici, alors que cela peut paraitre un détail.

L.M C’est la petite marotte pour laquelle on s’est un peu battu avec Jean-Luc et notre éditeur. Pour nous le titre doit faire partie de l’image, et pas être une simple superposition. C’est pour ça que j’ai dessiné la base, et le graphiste a fait le travail à partir de mon dessin. A mon avis le titre devait lui aussi évoquer à la fois la modernité et la calligraphie qui fait penser à l’époque médiévale.

Dans Thair les deux cartes sont très riches en détails. On y voit plein d’à côtés, avec un crocomgre, ou un kangoulou etc… Ce ne sont pas uniquement des masses posées çà et là. Comment vous avez travaillé ensemble pour faire ces cartes ?

L.M Le plus difficile sur la carte de Thair c’est de rejoindre le travail qu’a fait Jean-Luc à l’écrit. Je savais que je partais de la carte de la France et de l’Europe, mais quelles ont été les transformations ? Il faut que cela soit visible mais pas trop. C’est notre monde dans un futur lointain. Il ne faut pas que l’on pense directement c’est la carte de France modifiée, mais plutôt c’est Thair et ça me rappelle quelque chose. Une fois que j’avais trouvé cet équilibre, pour moi le reste c’est un plaisir. Un truc hérité de mes lectures de môme. J’avais besoin de faire la carte de mes mondes imaginaires pour me l’approprier. J’ai toujours adoré faire des cartes de mondes imaginaires.

Tu es parti bille en tête ou Jean-Luc a préparé un vague brouillon tout de même ?

J.L.M Si, si, j’avais fait un brouillon très succinct de la carte. J’avais posé rapidement les différentes régions, et masses. La carte qui nous a donné le plus de fil à retordre n’est pas encore publiée, c’est celle de Tolosania. Elle sera peut-être dans le tome 3. Ce qui est génial avec cet univers, c’est que l’on peut s’autoriser plein de choses.

Comment s’est passée la publication de Thair ?

J.L.M Quand je me suis lancé dans Thair, j’ai écrit les deux premiers tomes comme ça, directement. Une fois arrivé au second tome, j’ai essayé de trouver un éditeur mais sans succès. J’avais toujours le même type de réponse, « c’est très bien, mais ça sort des cadres classiques de l’imaginaire, je ne sais pas comment je pourrais le travailler ». Dans l’imaginaire rien n’est figé et finalement c’est aux Imaginales que j’ai croisé Jean-Philippe aux heures noires de la nuit, avec une bonne bouteille (ahah). Je lui ai présenté deux projets, dont Thair. Je lui raconte le début et son âme de roliste a fait match avec Thair. Il a commencé à lire le bouquin, et il a décidé de le prendre. Initialement j’avais prévu plus qu’une trilogie. J’en avais déjà deux, mais je savais que je pouvais en faire trois, voir plus, avec une trilogie avant le cataclysme sous forme de course contre la montre, et une autre série, plus tard, avec le retour des croiseurs stellaires. Malheureusement pour le moment avec le grand merdier dû au covid, on n’a pas encore un retour sur les ventes et je n’ai pas pu défendre en salon. Je n’ai même jamais eu le temps de voir le livre en librairie. Mais j’espère que la trilogie sera un succès et que l’on pourra y retourner.

Les éditions Leha, avec entre autres Le livre des Martyrs, commencent à se faire une belle place dans le lectorat français. Son développement et ses nouveaux labels apportent d’ailleurs une belle lisibilité de leurs collections. Comment s’est passée ta rencontre avec Leha ?

J.L.M C’est grâce à Pierre Bordage qui m’a dit le plus grand bien de la maison. Je connaissais de vue Jean-Philippe mais c’est tout. Je me suis dit si Pierre a signé chez eux, c’est que c’est une maison sérieuse. Et ensuite c’est Jean-Luc Rivieira qui m’a fait la pub de Leha, en me parlant de Jean-Philippe et surtout en mettant en avant le fait que quand il commence une série, il ne va pas la planter en plein milieu. Ce n’est pas le genre d’éditeur qui te fait passer une série de cinq tomes en deux. Jean-Philippe soutient à fond le projet et c’est vraiment top.

L.M C’est super agréable de travailler avec Leha. Cependant, actuellement ce qui est le plus dur c’est que l’on n’a aucun retour lecteur. On ne croise personne en salon donc c’est très dur. C’est assez difficile de savoir si nos couvertures plaisent.

Vous l’aurez compris Thair est un univers riche, fruit de l’imagination de Jean-Luc Marcastel et richement illustré par Lionel Marty. Mais ce n’est pas leur première collaboration et Thair est loin d’avoir livré tous ses secrets. Dans la seconde partie à paraitre de cet échange, nous parlerons de leurs autres collaborations ainsi que de leur travaux personnels. J’espère que vous avez apprécié cet échange. N’hésitez pas à le dire en commentaire et à proposer d’autres questions et auteurs que vous voudriez voir interrogés. La suite de l’entretien arrive très vite.

Vous pouvez retrouver ici ma chronique du premier tome et ici celle du second tome toutes deux sur le site emaginarock.fr


Retrouvez la suite de l'interview juste en dessous

https://librairiealacroiseedespages.wordpress.com/2021/06/19/rencontre-avec-jean-luc-marcastel-et-lionel-marty-2-2/

4 commentaires sur “Rencontre avec Jean-Luc Marcastel et Lionel Marty 1/2”

  1. Une Interview très intéressante surtout en tant que lectrice où l’on voit l’autre côté, celui des créateurs. Je dois me lancer dans Frankia sur lequel j’ai une magnifique dédicace et après il est évident que je vais me tourner vers cette trilogie !!

    1. Merci beaucoup 😊 ah les dedicastel !!! Une petite œuvre d’art à part entière. J’espère que la deuxième partis te plaira tout autant 😊

  2. Retour de ping : Coups de cœur de Mai – Librairie À la croisée des pages

  3. Retour de ping : Rencontre avec Jean-Luc Marcastel et Lionel Marty 2/2 – Librairie À la croisée des pages

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